Le Réservoir à souvenirs a pour vocation de “ré-enchanter” l’âme des quartiers, d’en révéler ses charmes et ses spécificités. En fédérant les habitants autour de ce projet par l’échange et le partage intergénérationnel, nous créons une dynamique collective génératrice de lien social. “Aimer son quartier, c’est mieux l’habiter !” C’est sur ces mots que le Réservoir à souvenirs s’est déployé dans le quartier des Buers et de Croix de Luizet à Villeurbanne.

Les temps de rencontre et animation

Deux résidences de 4 jours ont été rythmés par des prises de RDV, des micro-trottoirs, des enregistrements spontanés… Les habitants se sont prêtés au jeu et nous ont fait part de leurs souvenirs, ancrés dans leurs mémoires ou collectés, comme des cartes et des photos.

Rapport des différents temps dans les quartiers des Buers et Croix-Luizet

Suite à nos deux résidences sur le terrain, nous avons collecté un ensemble de souvenirs personnels et parfois collectifs. D’autres éléments en lien avec la mémoire ont aussi été collectés. Vous pouvez retrouver l’intégralité de ces éléments nos deux dossiers. 

La carte sensible des quartiers
Buers et Croix-Luizet

La carte sensible retransmet en images les souvenirs racontés par les habitants du quartier des Buers. Elle mêle le quartier d’aujourd’hui et celui d’antan.

La machine à souvenirs, capteurs de souvenirs urbains

Vous connaissez les Buers, ce quartier de Villeurbanne ? Vous y avez grandi, habité ? Oui, alors racontez vos souvenirs dans cette collection ! Retrouvez les souvenirs récoltés lors de nos deux résidences. 

Encore merci à tous les participants ayant donné de leurs temps et de leurs bonnes humeurs pour ce projet.

Le Camion Ferrail

Le jus de prune

Moi, ma formidable histoire, c’est qu’en fait, il y avait un arbre de prunes, après on a pris toutes les prunes pour en faire un jus. C’était formidable. Chacun en avait pris 3 verres et après on en avait ramené chez nous. On avait fait ça avec le père des voisins, mon père, des petits, des moyens et des grands. C’était Adam, Ayoub, Myriem, Amel, Maroua, Myriem, Aymen, Imed et Anes.

À Villeurbanne, le 16 juillet 2014
Raconté par : Youssef

Mon potager

C’est moi qui ai fait le jardin tout seul et le terrain c’est à la mairie de Villeurbanne. J’étais gardien d’immeuble. Mon jardin, il est au 57. J’ai tout nettoyé, propre. J’étais content parce que les gens, qui viennent jouer aux boules juste à côté, ils m’ont dit que c’était bien ce que j’avais fait. J’ai mis des barrières et puis une porte pour rentrer-sortir. J’y ai planté des pommes de terre, des tomates, des oignons, des haricots, des courgettes, des petits pois. J’en donne aux gens aussi !

À Villeurbanne, le 7 avril 1994
Raconté par : Le jardinier

Les Fellagas...

Quand je suis venue habiter là avec mes parents en 1960, quand mon père entendait le cri du hibou, il disait : « ça y’est ça va taper ce soir, les fellagas sont là ! » Il y en a un qui imitait le cri du hibou et on savait que ça allait taper, y’allait avoir de la bagarre. Les rebelles avec ceux qui se croyaient dans le bon droit. Mes parents ne voulaient pas que je regarde dehors. Le lendemain, on entendait à la radio ce qui c’était passé et puis il y a eu des morts et c’est arrivé comme ça. Ils étaient sur la rue Michel Dupeuple, c’était un champ de maïs. Ils s’étaient fait dessouder, ils étaient tous allongés, couverts par des draps. Ils s’étaient fait trancher la gorge, ah oui, c’est pour ça que mon père voulait pas qu’on regarde ! ».

À Villeurbanne, le 29 mai 1962
Raconté par : Mme Picou

La bande des blousons noirs

On nous appelait les blousons noirs parce qu’on portait des blousons de cuir noirs. Comme les jeunes à capuches maintenant, on dit que c’est des mauvais gars mais c’est faux. C’était juste une mode. On nous cherchait des crosses, on se défendait et puis ça s’arrêtait là. Après on pouvait aller boire un coup chez le père Carré ensemble, y’avait pas de problème. Notre lieu de rassemblement c’est sur la façade des immeubles de la Boube, là où y’a les portes automatiques, avant il y avait une barrière métallique bleue pour descendre dans les caves. Notre rassemblement c’était sur la murette. Et toujours la bande de 10, on ne se mélangeait pas avec ceux de Bouvier. On jouait à des jeux comme la pièce de 10. On traçait un trait puis on lançait une pièce de 10 francs et le plus près ramassait la cagnotte. Y’avait aussi des bancs devant le 2, le 6 et le 8 de la Boube. Il en reste encore d’ailleurs. Le soir on était tous assis sur le banc, on était pas nombreux, on faisait pas de bêtises. On nous jetait des seaux d’eau parce que soit disant on parlait trop fort. Dans ces bâtiments, y’avait beaucoup de flics, des gens de l’edf. Mon père était flic également. Y’en avait un qui habitait au 8 et parce qu’on parlait un peu trop fort, un soir, il est sorti avec son arme de service. Un jour, quand on l’a vu revenir, avec sa voiture, on s’est tous mis autour de lui, on a pris la voiture et puis on l’a mis sur le capot. Ça s’est arrêté là !

À Villeurbanne, le 5 mars 1965
Raconté par : Alain

Les bouées dans le canal

Il y avait une station essence on y allait pour prendre des chambres à air de camion et ça nous faisait des grosses bouées noires on se mettait à plusieurs dessus puis on partait de l’autre côtés jusqu’à cusset ! C’était les vacances sans sortir du quartier.

À Villeurbanne, le 4 août 1950
Raconté par : Dalila

La pêche à la mouche

Et puis c’est là, qu’on a appris à pêcher aussi. C’est au petit café de la place derrière où on parlait pêche avec Jeannot, un grand Monsieur. À l’époque, on pêchait beaucoup avec un bouchon et puis du pain, avec une canne en bambou, comme tout le monde quoi ! Je discutais avec Jeannot en buvant une limonade et il me faisait voir tout ce qu’il fabriquait, tout son matériel et puis il m’a dit « Regarde je vais te montrer quelque-chose. » Il est revenu avec 2 poissons magnifiques dans une assiette, c’était des ombres communs. Un poisson noble, meilleur que la truite mais très difficile à attraper. C’est là que je lui ai demandé « Mais avec quoi tu les as attrapé ? » C’est là que j’ai découvert la pêche à la mouche. C’est lui qui m’a donné envie et il m’a tout appris. C’est grâce à lui que je pêche comme ça. Mon premier poisson à la pêche à la mouche c’était du blanc, des vandoises qui montent bien à la mouche. Ça mordait tellement que j’étais obligé de les enfiler sur un fil, comme les esquimaux ! Quand les copains venaient me voir, c’était la frime !

À Villeurbanne, le 15 juin 1966
Raconté par : Patrick

Le canal

Quand j’étais petit, il n’y avait pas le périph’. On traversait et on allait nager dans le canal. On mettait des cordes dans les arbres au bord du canal, on se jetait dedans et on essayait de récupérer l’autre corde. On était malade un peu, inconscient. Mais bon ça va, il n’y a pas eu d’accident grave. L’été, il faisait tellement chaud, Miribel c’était trop loin et on avait pas les moyens d’y aller. On allait des fois, pour se rafraîchir, au canal. On avait 12/15 ans avec tous mes amis d’enfance. Il y avait mes cousins Kamel et Nordine et tous mes potes du quartier. On y allait tous ensemble. Voilà comment on allait se rafraîchir l’été quand il faisait très chaud à Lyon.

À Villeurbanne, le 15 août 1955
Raconté par : Walid

On se faisait quelques sous...

On faisait la ferraille pour se faire quelques sous pour aller à la piscine parce qu’on avait pas bien les moyens. À l’époque les appartements ils étaient tous au chauffage au mazoute et au charbon et dans les caves on allait récupérer la fonte, la ferraille et on allait la vendre pour se faire un peu de pognon. On chargeait tout ça dans des charrettes qu’on faisait nous-même avec des roulements à bille et on allait rue Courteline là-bas chez le ferrailleur pour la revendre.

À Villeurbanne, le 3 juin 1972
Raconté par : Nordine

La Babasse...

Il y avait le bar aussi, place des buers où ils avaient mis une babasse. Tous les dimanches matins, on se retrouvait pour jouer à la babasse, le flipper. On mettait 1 franc, chacun sa partie et à celui qui faisait le meilleur score. Celui qui battait le score de l’autre, payait sa tournée. C’était pastis, martini, suze et puis des fois on rentrait en zigzagant et les parents ils nous disaient : « Dans ta chambre, va te coucher ! » Olala, quand j’y repense! »

À Villeurbanne, le 8 septembre 1966
Raconté par : Alain

Les Tanks

On prenait des planches qu’on clouait sur des longerons, comme un plancher, et après, derrière, on faisait dépasser les tasseaux et on enfilait des roulements à billes parce qu’on avait pas d’autres roues. Fallait trouver des roulements, c’était le plus compliqué. On allait chez le ferailleur et pour les dégraisser on les trempait dans le pétrole parce que des fois c’était rouillé, alors ça coinçait un petit peu, mais on arrivait toujours à se débrouiller. C’était, la débrouille. On grattait le bois pour enfiler les roulements à billes et puis on mettait des clous pour ne pas qu’ils sortent dans les virages! Ça faisait du bruit. Et devant, pareil mais avec un longereau plus long qu’on pilotait avec les pieds, un peu comme un kart avec un axe et des rondelles pour que ça tourne et une ficelle. Quand on se faisait pousser, on repliait les pieds et on guidait avec la ficelle, comme un volant . Là-dessus, on allait chez Fildar, juste à côté et elle nous donnait des gros cartons de laine, bien épais, on les récupérait et on les clouait sur ce kart en bois, on faisait une porte, des fenêtres, comme si on était dans un tank. On faisait des courses et puis on se battait aussi. C’était royal !

À Villeurbanne, le 19 mai 1966
Raconté par : Patrick

Des footballeurs dans le quartier

J’ai beaucoup d’amis ici et de très bons souvenirs, notamment avec la famille de Karim Benzema, le footballeur qui habite dans le quartier depuis un bout de temps déjà. Il y a ses grands-parents, son oncle et quand j’étais gamin, j’étais vraiment bon copain avec son cousin. J’ai souvenir quand j’étais petit, il y a un peu plus de 10 ans, Benzema, quand il jouait encore à l’OL, et Juninho sont venus en voiture dans le quartier et ils avaient proposé une séance d’autographes aux jeunes du quartier. Il y avait une queue, franchement, 100 mètres ! Il y avait vraiment beaucoup de monde qui attendait. Benzema et Juninho étaient restés dans leurs voitures et les gamins venaient avec leurs parents à la fenêtre pour leur autographe. C’était complètement surprise, on avait vu de belles voitures, des Mercedes noires, arrivées et on se disait « mais c’est qui ceux-là avec leur escorte ! » et d’un coup ils se sont arrêtés à la Boube et on a vu les joueurs à l’intérieur !

À Villeurbanne, le 18 juillet 2007
Raconté par : Nils

Roméo et Juliette

Roméo & Juliette c’était deux petits vieux du coin qui avaient fait une voiture à leur image, en osier, et pour avancer il fallait qu’ils pédalent ! Sur la rue du 8 Mai, c’était le chemin des Buers, qui était tout en cailloux et ils devaient avoir mal au derrière. La voiture était assez grande, c’était une grande grande voiture ! On aurait dit une véritable bagnole, oui oui! Quand ils arrivaient, on les entendait parce que c’était des roues en feraille, tout le monde les applaudissaient et ils étaient tout content. C’était Roméo & Juliette, on a jamais su qui c’était, on les avait baptisé comme ça dans le quartier. Ils ne se quittaient jamais ! Ils passaient par là avec leur torpedo, mais on n’a jamais su qui ils étaient. C’était unique ! On a connu de ces trucs, quand on dit ça aux jeunes, ils n’y croient pas ».

À Villeurbanne, le 13 juillet 1974
Raconté par : Mme Picou

La radio Pirate

J’ai connu les premiers appareils de radio parce que j’étais un des premiers, sur Villeurbanne, en pirate, en radio fm. On avait une station radio avec un pote. On avait monté l’antenne sur le toit puis on diffusait, en pirate. Les gens nous téléphonaient pour avoir de la musique. J’étais un des premiers pirate ! Y’en avait un aussi à Vaux-en-Velin. À partir de 8h du soir, on se mettait en place. On avait un petit émetteur, c’était un petit kit puis on se mettait entre 2 fréquences. On avait plein de disques ! Tous ces vinyles 33 et 45 tours quand j’y repense…

À Villeurbanne, le 16 juin 1967
Raconté par : Patrick

Jojo, le chanteur de la Chaumière

La chaumière c’était un dancing, où les gens allaient danser le dimanche après-midi. Beaucoup plus tard, on s’est aperçu que c’était une sorte de maison close ! On savait qu’il y avait Jojo. Jojo c’était un chanteur qui était aux Italiens, un petit homme très gentil, qui disait bonjour à tout le monde. Il passait toujours par ici, sur le chemin, avec un grand nez, toujours souriant. Il avait toujours les cheveux bien coiffés parce que c’était quand même le chanteur de la Chaumière ! On l’a toujours vu célibataire. Jojo était connu de tout le quartier, de notre génération, tout le monde le connaît. Nous, le dimanche, on était intrigué par ça ! On avait 8-9 ans, on essayait de regarder au travers des fenêtres, si on voyait quelque chose ! Y’avait des ombres qui dansaient. On voyait beaucoup de femmes qui rentraient avec beaucoup de rouge à lèvres, beaucoup de maquillage. C’était des femmes très coquettes, très habillées. Cette chaumière, ça nous intriguait, et pourquoi ça s’appelait la Chaumière !.

À Villeurbanne, le 17 octobre 1962
Raconté par : Dalila

L’artiste

Ce monsieur, c’est un Guadeloupéen, moi je le vois c’est comme tout le monde comme moi, comme vous. Tout le monde pense que c’est un malade, un schizophrène, un autiste, je sais pas quoi mais moi je le vois tranquille. Il parle de tout, politique, religion, je le trouve très intelligent. Il ne discrimine pas, il parle. Avec sa guitare il chante en anglais, il chante en français, il chante dans sa langue. Il est tout le temps tout seul. Il chante en face. Et il dessine, il a déjà dessiné le quartier, j’ai déjà vu des posters. Il se pose sous les arbres, le long de la rue. Il a dessiné tout le quartier du 8 mai, les nouveaux bâtiments. Il met de la couleur, c’est aux crayons. Il parle de l’amour, il parle de tout, de la société, de la religion, c’est pas un malade. Il a exposé dehors plusieurs fois, chaque semaine il expose dehors, c’est toute l’année. C’est les dessins qu’il a fait dans la semaine. Et je le trouve sympa, il est pas violent, il est pas méchant…  Je connais même pas son prénom, moi je l’appelle l’artiste.

À À Villeurbanne, le 13 mars 2015
Raconté par : Messaoud

Le Pilote de la R8 Gordini

Il y avait un gars qui faisait des rallyes, il avait une R8 Gordini et c’est le seul qui se permettait ça dans le quartier, quand il arrivait avec sa Gordini, une bonne petite voiture de sport, il se permettait de prendre le virage au frein à main, pour rentrer à la Boube. Mais il savait piloter, nous on l’aurait jamais fait. On était dedans ! Je peux pas dire qu’on serrait pas les fesses, mais il conduisait vachement bien le mec. C’est le seul qui avait une superbe bagnole qui coûtait du pognon. J’en ai une autre, Barnabé on l’appelle, j’ai jamais su son vrai prénom et 50 ans après, je ne le sais toujours pas. Il avait le même âge que moi, il acheté une 404. Y’avait le feu rouge et 2 voitures qui attendaient que le feu passe au vert, et lui il confond l’accélérateur et le frein, il est passé entre les 2 voitures, il s’est pas arrêté. Il est revenu, la voiture plié ! Et il s’en rappellera toute sa vie parce qu’il s’est fait engueulé par son oncle, une voiture toute neuve.

À Villeurbanne, le 13 février 1965
Raconté par : Alain

L'incendie

C’était cet été, au mois de Juin, vers 3h de l’après-midi. C’était le dernier jour du ramadan, j’étais en train de faire des gâteaux pour l’aïd dans la cuisine et ma mère pensait que j’étais en train de cramer les gâteaux. Elle m’a demandé ce que je faisais cramer encore mais je lui ai dit que ce n’était pas moi. Elle est allée sur le balcon et elle a vu des grosses flammes et puis elle a crié « sortez y’a le feu ! » On est tous sorti, en prenant le minimum : mon père n’a rien pris, mon frère, sa sacoche je crois, ma mère elle est sortie sans son voile et moi j’ai juste pris mon sac et mon voile. Au moment de l’explosion, on était tous dans l’appartement, au rdc y’avait que le voisin mais comme il est handicapé il a du mal à sortir. Des voisins sont venus l’aider avec un escabeau pour le faire sortir par la fenêtre. Y’avait la voisine du 2e étage. Les personnes dont les appartements ont été incendiés ont tous été relogés.

À Villeurbanne, le 14 juin 2018
Raconté par : La fille de 26 ans

La San Morro

Les collines

Y’avait deux collines au niveau du terrain de foot avec des petits tonneaux et on avait l’habitude de s’asseoir là, de jouer là. Y’avait aussi un arbre avec des prunes du coup on grimpait dans l’arbre pour manger les prunes ! Et puis, ils ont décidé de casser les collines, on était tous au bout de notre vie. Ils ont rasé les collines et ils ont fait un terrain tout plat, c’était y’a longtemps. Je devais avoir 13 ans je pense, sachant que je vais avoir 26 ans, c’était y’a longtemps! J’étais pas contente parce que quand j’étais petite, vers 5-6 ans j’avais une copine qui m’avait arrachée ma chaîne en or et elle l’avait jetée dans les collines. En fait, au centre y’avait un tonneau en béton avec un trou et on peut pas y accéder, et elle avait lancé ma chaîne en or dedans. J’ai pas pu la récupérer. Quand ils les ont détruites, je me suis dit, vas y je vais l’a chercher mais c’était impossible avec les décombres et tout ça. Mais c’est dommage, c’était mieux avec les collines

À Villeurbanne, le 10 mai 2006
Raconté par : La fille de 26 ans

Les blousons noir et les étudiants

La section Basket

J’avais un collègue qui jouait à l’Asvel, moi je jouais à la Cro, la Croix-Rousse à Lyon et de là on a fusionné, on s’est dit pourquoi pas faire une section de basket aux Buers, parce qu’il n’y avait rien du tout. On jouait sur le petit terrain au bout là-bas entre la Boube et le 41-43. On avait pas de vestiaire et les vestiaires c’était les caves. En 1974, j’avais tout juste 18 ans, j’étais dans une équipe senior, et petit à petit avec le bouche à oreille, on a formé une équipe. Il y avait Cachou, René, Tonynette et moi Bambuck, c’était mon surnom parce je courais très vite. Il y avait Jeannot Deville, Patrick Sonier, Bertolino. Le président à l’époque tenait une agence interim donc on était déjà sponsorisé, ils avaient déjà fait les premiers jeux de maillots, en jaune et bleu. Jaune et bleu par rapport aux bâtiments qui étaient de ces couleurs !

À Villeurbanne, le 14 janvier 1974
Raconté par : Jean-Michel

La finale de la coupe du monde 2006

Je me souviens pour la coupe du monde 2006 dans le carré de sable pour la finale je rentrais du travail et je vois les gens dans le carré de sable avec le barbecue. Les voisins ils ont mis la télé dehors avec la rallonge et on l’a regardé ensemble. Il y avait d’un côté les drapeaux Français et de l’autre les drapeaux Italiens. C’est là que j’ai bien vu que ici c’est le quartier Italien !

À Villeurbanne, le 9 juillet 2006
Raconté par : Saad

Les plaques de métal sur les fenêtres de mes voisins

Le quartier fantôme je l’appelle moi maintenant, il n’y a plus rien, plus de vie. En plus quand on voit les plaques de métal qu’ils mettent, ça fait peur. C’était nos voisins qui habitaient là, maintenant on voit les plaques de métal sur les fenêtres, les balcons et sur les boites aux lettres, ça m’a fait un pincement au cœur. Moi la première fois que j’ai vu ça, ça m’a fait penser à un cercueil, c’est morbide.

À Villeurbanne, le 16 mai 2018
Raconté par : Samia

BOUUUUH !! (le petit chemin)

Tout le monde connaît le petit chemin. Tu vois là-bas y’a des poubelles, tout au fond, y’a un petit chemin étroit et on s’amusait à faire peur aux gens. Quand ils sortaient, on leur faisait Bouh. Même les papas, ils nous faisaient peur. Quand on sortait du petit chemin, ils se cachaient et ils nous faisaient, Bouh !!

À Villeurbanne, le 30 septembre 2004
Raconté par : Anonyme

Arshak Tremalie

Je suis Arshak, nationalité Arménien, Français, Américaine et Russe. 4 nationalités différentes, 4 langues différentes que je parle. Je suis né en Arménie, naturalisé français. Quand j’ai été jeune, je jouais la carte verte. Quand j’étais étudiant en Russie, j’ai gagné la green card. J’ai été aux États-Unis, j’ai appris l’histoire. Quand j’ai fait mes études pendant 10 ans en Russie, j’ai demandé ma nationalité Russe et puis voilà. Ma mère elle habite à Los Angeles, mon père il habite en Arménie, ma soeur aussi. Je suis la seule personne qui habite en France. 17, Croix-Luizet, dernière allée

À Villeurbanne, le 3 avril 2019
Raconté par : Arshak

Le guitariste de Dick

Il y a même un gars qui est musicien, c’est un collègue, Jackie Perez, ancien facteur, il est du quartier. Un jour, il vient Dick Rivers, au palais d’hiver et l’avion a du retard. Les musiciens et leurs instruments bloqués. Lui jouant en première partie au palais d’hiver, il s’est retrouvé à accompagner Dick Rivers !

À Villeurbanne, le 4 décembre 1965
Raconté par : Nils

La chambre de mon ami

Avant j’habitais au 43, rue du 8 Mai. J’ai eu un appartement au 2 et après j’ai rencontré ma femme donc il me fallait plus grand. On m’a proposé au 4 de la Boube, 1er étage et l’appartement c’était celui des parents de mon collègue et ce collègue quand on était jeune on venait chez lui et on écoutait les vinyls. Cette chambre est devenue ma chambre à moi avec ma femme donc ce qui a fait un peu bizarre. Quand on a enlevé la tapisserie, on a retrouvé des dessins qu’il avait fait sur le plâtre. C’était des fleurs de lys, des trucs comme ça. Il aimait bien dessiner. Les gens du 4e étage, leur fils, qui faisait partie de la bande est devenu mon beau frère.

À Villeurbanne, le 23 octobre 1969
Raconté par : Alain

Le tout petit sapin

C’était juste derrière chez nous, devant le 45 ou 48 de la rue du 8 Mai. Quand ils ont fait les premières plantations, y’avait un tout petit petit sapin que notre gardien, Mr Bertolino, avait décoré de lumières bien tapantes et maintenant il dépasse les maisons de je ne sais combien de mètres. Souvent, quand je le vois, j’y pense.

À Villeurbanne, le 19 décembre 1957
Raconté par : Daniel Picou

Le marchand de fromage blanc

Il avait sa fromagerie. Une petite moto avec devant un triporteur et il se garait à l’angle de la rue Emile Bouvier. Il sifflait et je descendais avec mes gros saladiers pour aller chercher mes fromages blancs. Il le faisait en faisselle et puis à la louche. Avec ma petite bouteille de lait en verre, il me mettait la crème.

À Villeurbanne, le 19 septembre 1958

Raconté par : Nordine

Le mur

Pour nous, la Boube et le quartier italiens, c’est pareil, ça se touche. On se connaît tous et après ils ont mis ce mur, on était pas d’accord. Mais l’éducateur il a dit on va pas laisser ça en ciment alors tous les gamins ont dessiné dessus. Nous, on avait cassé un ou deux machins pour passer à travers et ils sont pas revenus pour le changer parce qu’ils savaient que le lendemain, ça allait recommencer. On a fait un passage comme dans le film Don Camillo ! On passait tous par-là, ça évite de faire tout le tour

À Villeurbanne, le 8 avril 1950
Raconté par : Nordine

L’achordéoniste

Mon voisin de palier, il avait acheté un accordéon, qui coûtait très très cher à ce qui paraît (mais il ne marchait même pas). Il se mettait sur le balcon, mettait une cassette d’accordéon sur son poste, il le cachait sous le siège et le mettait à fond… Et les gens croyaient que c’était un pro de l’accordéon ! C’était extraordinaire ! Il était content !

À Villeurbanne, le 8 juin 1978
Raconté par : Patrick

Les cocottes

Là le boulevard de ceinture, on traversait à pieds et y’avait des prostituées tout le long et des fois elles nous demandaient si on pouvait aller leur acheter des cigarettes donc on y allait. Un jour, comme on était à l’armée, on avait ramené des grenades au plâtre avec lesquelles on s’entraînait. Elles étaient bleues et quand elles explosaient c’était comme si là je vous jetais un sac de farine à la figure ! Alors pour embêter les filles, on dégoupillait des grenades et les jetait à côté d’elles…

À Villeurbanne, le 1 avril 1967
Raconté par : Alain

La bouche incendie

L’été dernier, on était au quartier et une idée soudaine nous est venue à la tête, c’était d’ouvrir les bouches à incendie. On a pris une clé à molette, on a ouvert la bouche à incendie, ça a fait des gros dégâts mais c’est pas grave. Après on a laissé coulé l’eau, c’était bien pendant à peu près une heure, on a bien joué. Ensuite les pompiers sont venu, ils l’ont fermé, on l’a ré-ouvert après ils sont revenu mais après ils l’ont bloqué donc on peu plus l’ouvrir mais c’est pas grave, c’était un bon moment.

À Villeurbanne, le 17 juin 2017
Raconté par : Kama

Disco 2000

Tout le monde venait danser à Disco 2000. On l’avait fait nous même ! Rue Armand dans la cave du Centre social. On avait creusé la terre, rempli des seaux pour la sortir et couler une chape. On était tous volontaires, on y allait quand il n’y avait pas école et les grands y allaient après le boulot. On faisait tout nous même on se démerdait. On avait mis du canis contre les murs du bois de sapin à la hauteur, des spots…C’était notre boîte de nuit mais la journée puisqu’on y allait le dimanche après-midi

À Villeurbanne, le 4 mai 1975
Raconté par : Nordine

C'était Disco 2000 !!

Disco 2000 c’était nos frères qui l’avaient créée. Jean-Pierre Lachaise leur avait donné le local, ils avaient fait les travaux, en très peu de temps ils avaient construit ça ! Disco 2000 c’était vraiment une belle époque. On y dansait le dimanche après midi, il y avait de spots, des lumières, quelqu’un qui s’occupait du bar, pour nous c’était vraiment une discothèque mon frère y faisait le DJ !

À Villeurbanne, le 14 octobre 1973
Raconté par : Dalila